Entretien avec Jean-Luc Soubie, directeur de Valade et Transandine

« Découvrir des vins d’ailleurs ce n’est pas renier sa culture, c’est entretenir sa passion. » Le slogan de Valade & Transandine fait mouche. Difficile de trouver une accroche qui résume mieux l’intérêt que nous portons, Valade & Transandine autant que Vinsdumonde.blog, pour les vins étrangers.
C’est donc tout naturellement que Jean-Luc Soubie, fondateur et dirigeant du groupe, s’est prêté au jeu de l’entretien.

Propriétaire du Château de Lisennes dans l’entre-deux mers à Bordeaux, et de la société de négoce « Les vins de Lisennes », fondateur et dirigeant de Valade & Transandine, et récemment acquéreur de la société Vins du monde (qui n’a de commun avec le blog vinsdumonde.blog que le nom, je précise !). Jean-Luc Soubie est un passionné de vin hyperactif. Son originalité ? Entrepreneur autant que viticulteur, il ne se contente pas de produire et négocier des vins à Bordeaux : il s’intéresse avec passion aux vins étrangers.

Jean-Luc Soubie, racontez-nous l’histoire de Valade & Transandine

A l’origine, la société Transandine (fondée à Paris en 1987) importait des vins latino-américains (argentins, chiliens et mexicains principalement) que la société Valade distribuait dans le sud-ouest de la France. Rapidement, la gamme des vins Valade s’est étendue à d’autres origines européennes et non européennes.

En 2006, année du départ à la retraite de Monsieur Marteau (fondateur et dirigeant de Transandine), Valade rachète la société et devient « Valade & Transandine ».

Depuis 15 ans, le groupe s’est structuré pour gagner en expertise. L’expertise des vins du monde, lorsque Claude Gilois rejoint le groupe en tant que consultant chargé de la sélection des vins étrangers. Ancien dirigeant de la société « Vins du Monde » spécialisée dans l’import et la vente de vins étrangers haut de gamme, il a fait 15 fois le tour du monde. Des montagnes grecques aux Açores en passant par l’Inde, Claude Gilois n’a pas son pareil pour dénicher des vignobles étonnants.

A ses côtés, Olivier Poussier vient compléter le trinôme. Dernier français à avoir remporté le titre de meilleur sommelier du monde, il amène son expertise des cépages autochtones.

Le groupe a également professionnalisé son organisation commerciale et logistique. Ce qui lui permet de servir plus efficacement ses clients : les restaurateurs et cavistes français.

En 2020, en pleine crise sanitaire du covid19, j’ai repris, via ma société de négoce « Les Vins de Lisennes », la société « Vins du Monde », acteur historique de la distribution de grands vins étrangers en France.

La société « Vins de Lisennes » est donc l’actionnaire de « Valade & Transandine » (700 références dans le moyen et haut de gamme) et de la société « Vins du Monde » (environ 500 références dont de nombreux vins iconiques).

Comment définiriez-vous les métiers de Valade & Transandine ?

Nous sommes spécialistes de 3 métiers :

  • La sélection des vins étrangers. C’est un métier à part entière car dans de nombreux pays du nouveau monde, la viticulture évolue rapidement. A titre d’exemple, les vignerons sud-africains ont considérablement restructuré leur vignoble depuis une dizaine d’années. Quelques vignerons comme Eben Sadie ont entraîné toute une génération avec eux pour faire entrer le vignoble sud-africain dans la cour des grands. Notre gamme de produits doit refléter ce dynamisme.
  • La logistique. Avoir une chaîne logistique qui fonctionne est un challenge. L’enjeu est d’être en mesure d’approvisionner nos clients malgré les aléas liés à l’importation de pays lointains. Gérer 700 références, leur transport, leur stockage climatisé et leur distribution dans des conditions qui préservent le vin a nécessité des investissements. Avec 4 entrepôts, dont 3 en propriété propre, nous avons gagné en efficacité dans la chaîne d’approvisionnement.
  • Le transfert de la connaissance. Il y a un véritable enjeu pour nous de savoir former nos clients pour développer le marché. La nouvelle génération de cavistes et de sommeliers est très demandeuse de vins étrangers. Cela leur permet d’apporter de la découverte et de la surprise à leurs clients.Encore faut-il savoir leur transmettre la connaissance de l’histoire, de la culture, des cépages et des qualités organoleptiques de ces vins … qu’ils pourront ensuite présenter eux-mêmes à leurs clients. Pour transférer cette connaissance, nous organisons régulièrement des Masterclass et des dégustations.

Comment analysez-vous la dynamique du marché des vins étrangers en France ?

C’est à coup sûr un marché qui progresse. Il est difficile de quantifier cette progression car les chiffres manquent. Ils mélangent souvent l’import de vins en vrac destinés à un marché bas de gamme sur lequel Valade & Transandine n’est pas présent.

La France étant un grand pays producteur de vin, il est normal que la part des vins du monde dans la consommation domestique soit plus faible qu’ailleurs. Sur les segments ciblés par V&T, nous estimons la part de marché des vins étrangers entre 3% à 5% de la consommation totale.

Le marché est porté par deux catégories de clients :

  • Les jeunes. Ils voyagent et sont connectés. Leur curiosité les incite à découvrir des vins nouveaux. L’existence d’une offre de vins étrangers au verre dans les bars à vins et restaurants leur permet d’accéder à cette offre à un coût abordable.
  • Les cadres qui ont acquis un certain pouvoir d’achat et développé une culture du vin. Leur vie professionnelle et familiale leur ont permis de voyager et de déguster des vins étrangers sur place. Ils sont tentés par redécouvrir et faire connaître ces vins en France.

Aujourd’hui je propose donc deux gammes de vins étrangers :

  • la sélection des vins voyageurs. C’est la gamme historique de V&T, qui présente des opportunités en termes de rapport qualité-prix,
  • la sélection Vignobles du monde, depuis 2010, issue du travail de sélection plus haut de gamme de Claude et Olivier.

Comment choisissez-vous vos vignobles et les vignerons avec lesquels vous travaillez ?

Nous recherchons des producteurs représentatifs de leur terroir. Valade & Transandine cherche à faire découvrir la typicité des vignobles étrangers. Nous partons donc à la recherche de cépages autochtones. Cette politique nous différencie de la grande surface, davantage tentée par la recherche de cépages connus des consommateurs, comme le cabernet sauvignon et le chardonnay.

En Afrique du Sud par exemple, nous travaillons avec le domaine Rijk’s dans la région de Tulbagh, spécialiste du pinotage, cépage emblématique du vignoble. Au Portugal, nous venons tout juste de sélectionner 3 magnifiques Dão d’Antonio Madeira.

Sous l’impulsion d’Olivier Poussier et de Claude Gilois, nous n’hésitons pas à enrichir notre gamme de vins plus surprenants. Dernièrement, un vin grec du cépage Vlachiko ou encore un vin des Açores. L’objectif est toujours le même : apporter de la diversité, de la nouveauté et de la surprise. L’enjeu encore une fois, est d’être en mesure de former nos clients à promouvoir ces vins. Nous les testons sur le marché, et figurez-vous que le plus souvent : ça fonctionne !

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