La surprise des vins roumains

La Roumanie est décidément un pays surprenant. Centrale en Europe de l’est, elle présente néanmoins toutes les caractéristiques d’un pays latin : sa langue, sa gastronomie, sa culture viticole.
Dans notre analyse des cultures européennes du vin, nous l’avons définie comme un vignoble à formidable potentiel, dont l’identité reste à définir.

De fait, malgré une tradition millénaire, l’histoire de la viticulture roumaine est parsemée de crises et de renouveaux. Depuis maintenant quelques années, nous percevons les premiers frémissements d’un succès international naissant. A tel point que Michel Rolland, le célèbre et controversé œnologue français, prédit du vin roumain qu’il sera la bonne surprise de ces prochaines années.

Le secteur viticole roumain s’est modernisé grâce aux fonds européens. @pixabay

La Roumanie fait-elle partie des grandes nations viticoles ? Quel avenir pour sa viticulture ? 

Une histoire riche et chaotique

L’histoire de la viticulture roumaine est assez similaire à celle du vignoble géorgien. Une histoire qui remonte à l’Antiquité et qui a connu un coup d’arrêt brutal durant la période communiste.

Dès le 7ème siècle avant JC, les vignes s’étendaient sur de larges surfaces, la qualité du vin était reconnue dans la région et le vignoble était prospère.

Plus récemment, le régime de Nicolae Ceaucescu a donné un coup d’arrêt au développement du secteur. Durant cette période, les vignerons sont expropriés pour laisser la place à une grande coopérative nationale chargée de produire le vin national roumain. Fini les cépages allemands et français plantés au grès de l’histoire. Les cépages locaux à forts rendements font leur retour pour produire un vin d’état sans intérêt.

Suite à la chute du régime en 1989, le vignoble est privatisé et les roumains redécouvrent le potentiel de leur terroir. D’autant que l’entrée du pays dans l’Union Européenne en 2007 a rendu le pays éligible aux financements des fonds européens. Soit plus de 40 millions d’euros par an destinés au secteur viticole. Ces fonds ont stimulé l’investissement et permis le remplacement d’un matériel vieillissant par un matériel de vinification moderne et performant. 

Un vignoble du nouveau monde au coeur de l’Europe

Idéalement situé à la latitude des plus grands vignobles, les vignes roumaines bénéficient d’un climat continental favorable. C’est le fameux 45ème parallèle qui profite si bien au bordelais, à la Bourgogne et à l’Oregon !

Réparties sur 200 000 hectares – soit deux fois la surface du bordelais ou l’équivalent du vignoble chilien – les vignes sont présentes sur la quasi-totalité du territoire. 40 des 41 départements administratifs roumains produisent en effet du vin ! Huit grandes régions se détachent :

  • La Transylvanie, située dans les hauteurs du plateau des Carpates. 
  • La Moldavie roumaine, qui couvre un tiers du vignoble du pays. La qualité de la production y est irrégulière.
  • Les collines de Munténie et d’Olténie, entre les piémonts sud des Carpates et la plaine. C’est en Munténie que le vignoble Dealu Mare (« les grandes collines ») a développé une réputation internationale, sous l’impulsion notamment de pionniers français arrivés dès l’ouverture du marché dans les années 1990. Le climat et le terroir sont propices à la production de merlots, cabernet-franc et pinot noir très expressifs. 
  • La région de Banat, à l’ouest du pays, connu pour le vin rouge Kadarka
  • Le plateau ensoleillé de Dobrogée, aux bords de la mer Noire est la région la plus prometteuse du pays. Le vignoble de Murfatlar s’est fait remarquer en remportant de nombreux prix internationaux, valorisant notamment son Chardonnay.

Plusieurs générations de cépages y cohabitent, résultat d’une histoire riche aux influences diverses :

  • Durant la période romaine, les cépages autochtones font la réputation du vin roumain : Fetească regală et Fetească albă en blanc, Băbească neagră et Fetească neagră en raisin noir.
  • Au moyen âge, les influences germaniques dominent, qui amènent des cépages : Welschriesling et Pinot gris
  • Après la crise du phylloxéra à la fin du XIXème siècle, le vignoble est replanté de cépages français : Chardonnay en blanc, Cabernet sauvignon, Merlot et Pinot noir en raisin noir

Cette diversité de l’encépagement rappelle la culture des vins du nouveau monde. C’est d’ailleurs le positionnement qui se profile pour la viticulture roumaine : ancrée dans le vieux continent, influencée par la culture latine et mais libérée des traditions et prête à construire une culture innovante du vin.

Un notoriété qui reste à construire

Les vins roumains souffrent encore d’un manque de notoriété auprès du grand public. J’en veux pour preuve le nombre de vins notés 4/5 ou mieux sur Vivino. Ils sont 390 vins roumains référencés, à comparer aux 9 385 vins portugais, ou aux 3 749 vins chiliens, dont les vignobles couvrent une surface comparable.

Cet indicateur est à analyser au regard d’un autre : la consommation de vin par habitant, qui oscille bon an mal an autour de 25 litres par an et par habitant en âge de consommer, reste faible comparé aux 44 litres ingurgités chaque année par les français. Or une nation qui ne consomme pas de vin peut-elle être une grande nation viticole ?

Par ailleurs, parmi les près de 200 000 hectares de vignes, seuls 50 000 hectares seraient considérés comme produisant du vin de qualité.

Malgré sa 13ème place mondiale au classement des pays producteurs de vins, la Roumanie n’est pas encore véritablement entrée dans la cour des grands.

La Roumanie est-elle une nation viticole ?

Oui. Des signes de frémissements nous font penser que la Roumanie arrive dans une phase prometteuse de son développement viticole :

  • Depuis 2010, ses exportations de vins ont bien plus augmenté en valeur (+78%) qu’en volume (+25%). Ce qui témoigne non seulement du développement de sa notoriété mais aussi de l’amélioration qualitative du vin exporté. D’autant qu’on note une nette accélération depuis 2007.

  • Si la production est relativement stable depuis 2007, au gré des aléas climatiques, la production de vins d’origine contrôlée est passée de 53% en 2007 à 66% en 2018. Il s’agit bien là d’une preuve du virage qualitatif pris par les vignerons roumains, soutenus par les fonds européens.

Sources: APEV ROMANIA

Des chariots tractés par des chevaux côtoyant drones et autres appareils derniers cris. Des domaines se convertissant en bio pour produire des vins ancestraux issus de cépages locaux aussi bien que des mono-cépages français destinés à séduire la jeune génération. Voilà les contrastes qui font de la Roumanie un pays unique du nouveau monde au milieu de la vieille Europe. C’est par cette porte qu’elle deviendra une grande nation du vin, sous réserve de confirmer l’élan qualitatif qui se profile.

Comment trouver des vins roumains en France ?

Il n’en reste pas moins qu’acheter une bouteille de vin roumain reste une mission difficile en France :

  • Même le site vinsroumains.com ne livre pas en France !
  • Le site de référence voyageursduvin.com ne propose pas de vin roumain à sa carte.
  • Il faut aller sur le site Vinatis  pour pouvoir y acheter la seule bouteille qui y est référencée !

Pour nos amis québécois, qui sont de plus en plus nombreux à nous lire, la tâche est plus facile. La SAQ, qui est la société d’Etat qui dispose du quasi monopôle de la distribution des boissons alcolisées au Québec en propose 14 dans son catalogue.

Jusque là, il y a 2 commentaires

David

Certains vins roumains sont parfois très surprenants, et dans le bon sens du terme. On ne pense pas forcément à ce pays de l’Est de l’Europe en matière de Vin, mais il s’agit sans aucun doute d’un marché émergent. Cela devrait par ailleurs se renforcer par des conditions économiques favorables au développement de belles propriétés viticoles.

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