Les chiffres des importations françaises de vins étrangers

D’après une étude menée par la société Gallo (un industriel du vin californien, donc juge et partie), 64% des français consommeraient des vins étrangers, et 15% de manière régulière ! Les vins du monde les plus consommés seraient les vins italiens, espagnols, californiens et chiliens.

D’après une étude américaine basée sur du déclaratif, 64% des français consommeraient des vins du monde

Ces chiffres nous ont interpellé ! Nous avons cherché à mieux comprendre la consommation française de vins du monde en regardant des plus près les chiffres de leurs importations. Ces derniers nous paraissant beaucoup plus impartiaux 🙂

Nous sommes allés fouiller dans les chiffres du rapport « Les chiffres de la filière viti-vinicole 2007/2017 » de France Agrimer. Ce dernier reprend des données de sources gouvernementales qui nous paraissent plus fiables que celles de l’étude Gallo.
En substance, voilà ce qu’elles nous disent.

Une balance commerciale très excédentaire

  • La France exporte 10 fois plus de vins qu’elle n’en importe, en valeur. La balance commerciale est donc très positive : 8,5 milliards d’Euros en 2017 (ces chiffres ne tiennent pas compte des spiritueux)
  • Ces 10 dernières années, les importations françaises ont cru de 55% alors que les exportations n’ont cru que de 34%.
  • Ces chiffres augmentent à 78% et 59% si on considère la période 2010 à 2017. L’année 2010 a marqué une reprise, après la crise financière de 2008.

On note donc une dynamique dans l’importation des vins du monde en France. C’est le signe que la consommation des vins étrangers se développe dans nos cafés, restaurants et dans la distribution spécialisée ou non.

Des importations essentiellement européennes

Importations de vins étrangers en France en valeur, par pays d’origine

En y regardant de plus près, on note que :

  • Les importations françaises de vins étrangers ont cru à un rythme moyen de 5% par an. Cette augmentation, qui s’accélère depuis 2015 est due pour moitié à la hausse des volumes importés, et pour l’autre à la hausse de la valeur des vins importés
  • Deux tiers de ces importations viennent de l’Europe et le 3ème tiers du Nouveau Monde. Ce ratio est stable depuis 10 ans

Des dynamiques variées

Dans ce graphique, l’axe horizontal représente la croissance des importations sur la période 2007-2017 en valeur. L’axe vertical représente la valeur moyenne des importations par hl. Enfin, la taille de la bulle représente la valeur des importations en 2018.

Pour simplifier :

  • les plus grosses bulles sont les pays dont on importe le plus de vin
  • les bulles les plus à droite sont celles des pays dont le dynamisme est le plus fort
  • Les bulles les plus en haut sont celles dont les vins coûtent le plus cher

Voilà ce que ces chiffres nous apprennent :

  • Si on ne considère que les vins en AOP, la valeur moyenne des vins importés du nouveau monde reste 23% plus élevée que celle des vins européens
  • Les vins importés des Etats-Unis sont ceux dont la valeur est la plus élevée (808€ par hl) et en forte croissance sur 10 ans (+220%).
  • La bonne valeur par unité de volume des vins portugais (287€/hl, -15%) s’explique par la prépondérance des vins de Porto, particulièrement qualitatifs. Mais leurs exportations s’essoufflent.
  • Les vins espagnols restent en bas de tableau pour leur valeur par unité de volume (153€/hl, +136%) en raison de la prépondérance des vins en vrac dans les exportations espagnoles. Ces vins en vrac se positionnent sur le marché d’entrée de gamme.
  • On note que les importations françaises de vins italiens se portent bien, signe de la reprise en main du vignoble observée ces dernières années. En effet, les volumes importés restent stables : la croissance vient donc de la valeur des vins importés !

Les vins en AOP importés du nouveau monde coûtent 23% plus chers que ceux importés d’Europe

De fait, nous voyagons de plus en plus. Ces mobilités, touristiques ou business, nous amènent à découvrir de nouveaux vins à travers le monde, que nous apprécions retrouver à notre table de retour en France.

D’autant que l’offre s’adapte et se développe. Que ce soit sur les cartes de nos bars à vins, restaurants, brasserie ou dans la grande distribution. De nombreux canaux de vente plus en rupture viennent emboîter le pas pour promouvoir la consommation des vins étrangers en France : l’e-commerce et les wine box en particulier !

*** Mise à jour du 28/10/2019 ***

L’ouverture au monde des consommations nationales

Suite aux échanges provoqués par cet article, nous avons approfondi le sujet en cherchant à mesurer le poids des vins importés dans la consommation de vin nationale. L’idée est de mesurer le degré « d’ouverture au monde » dans nos consommations de vin.
Pour cela, nous avons calculé le pourcentage des vins importés en volume par rapport au volume de vin consommé, dans chaque pays. Pour être plus précis, nous avons enlevé des importations les volumes de vin en vrac, pour ne retenir que le vin importé en bouteille.

Ouverture au monde dans la consommation nationale de vin (données 2016)

Trois groupes de pays se distinguent nettement :

  • Les pays qui ne produisent pas ou peu de vin. Naturellement, ils sont tournés vers l’import et ont développé une culture des vins du monde. C’est le cas de l’Angleterre et des Pays-Bas par exemple.
  • Les pays producteurs de vin, qui importent néanmoins une partie importante des vins qu’ils consomment. C’est une marque d’ouverture au monde ! L’Allemagne, les Etats-Unis et la Chine en font partie. Près d’un tiers de leur consommation ne vient pas de chez eux.
  •  Les pays producteurs de vin qui consomment essentiellement leur vin national. A notre grande surprise, la France n’est pas le seul pays à conserver un mode de consommation « chauvin » ! L’Italie et l’Espagne le sont plus encore. On retrouve également le Chili et l’Argentine dans cette catégorie.

Jusque là, il y a 3 commentaires

Frédéric DAUTANCOURT

Merci de cet article
Dans un pays où la culture du vin est si intense, un pays leader, expert, la connaissance des vins du monde doit être incluse et non délaissée.
C’est un patrimoine du savoir qui permet de mettre également en avant un patrimoine viticole national.
La sous représentation des vins du monde en gastronomie, mais surtout en circuit traditionnel cavistes et CHR (loin des offres entrée de gammes de la grande distribution peu valorisantes), tout autant que dans les medias avertis, ne contribue pas à l’émergence d’une compréhension profonde de la planète vin tant par les professionnels que par les consommateurs, de plus en plus ouverts et demandeurs.
Il ne faut pas confondre chauvinisme de bon ton qui entretient tous les poncifs et ouverture d’esprit et de sens, porteur d’avenir pour tous les marchés du vin, de la gastronomie et du tourisme.

Réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *