Les différents usages de consommation du vin à travers le monde

Le vin s’apprécie de façon très différente d’un pays à l’autre, selon son histoire et le contexte local. Essor récent de sa consommation ou tradition centenaire. Consommation populaire ou au contraire consommation d’image… Il est intéressant de se pencher sur ces spécificités, à travers les exemples de pays si proches mais aux usages si différents que sont la France, l’Allemagne, et les Etats-Unis.

La France se distingue par un certain chauvinisme

En France, pays du vin par excellence, la consommation de vin est une tradition deux fois millénaire. Cette approche traditionnelle se traduit par un certain chauvinisme dans le choix des vins consommés : le pourcentage de vins étrangers consommés en France reste stable et très faible, autour de 5 %. En Allemagne, la consommation du vin a connu un essor beaucoup plus récent. Les allemands, dont la bière reste la boisson favorite (80% de la consommation en volume, pour 15% de vin, 5% de spiritueux), ont entamé une transition vers le vin il y a une vingtaine d’années. Bien que produisant du vin de qualité, les allemands ont développé une consommation plus ouverte aux vins étrangers qui représentent 60% du vin consommé par les allemands !

Le vin, une boisson de repas ou une boisson de fête ?

Par ailleurs, boire du vin en France reste étroitement lié à un certain art de vivre, fortement corrélé aux arts de la table. Le vin est ici considéré comme une boisson de repas. En témoignent tous les efforts de nos cuistots et cavistes pour proposer des accords mets-vins appropriés. En Allemagne, le vin reste considéré comme une boisson de fête, qui se boit debout sans autre accompagnement, comme on boirait une bière ou un cocktail. En parlant de cocktail, les allemands ont cette culture étonnante du mélange de boisson: de la même façon que la bière peut se boire mélangée à de la limonade (la Radler, l’équivalent de notre Panaché en France), le coca-cola se boit mélangé à du fanta (le Spezzi), et le vin se boit couramment coupé à de l’eau gazeuse : le Wein Schorle ! Même les bons vins sont ainsi dilués sans scrupule !

Aux US, le vin, c’est pas pour les cow-boys

A côté des modèles français et allemands, où le vin fait figure de boisson populaire appréciée aussi bien par la classe ouvrière que dans les ministères, la consommation de vin aux Etats-Unis peut être qualifiée de consommation d’image. Le vin y a vu sa consommation croître régulièrement depuis 25 ans, en particulier auprès des populations « éduquées » de côtes est et ouest : New York, la Californie ou encore la Floride sont les états où la consommation par tête est la plus forte. La tendance est particulièrement marquée chez les jeunes (21-34 ans) et moyen jeunes (34-41 ans). On peut considérer qu’aux Etats-Unis, la consommation de vin est un comportement social sophistiqué, qui permet à la bourgeoisie cultivée de se différencier des cow-boys et autres ploucs de l’Arkansas. La valeur des vins consommés confirment cette approche élitiste : on paye en moyenne 6,3$ une bouteille aux US (~5€), soit 2 fois plus cher que la moyenne française.

En France, boire du vin devient un crime. En Chine, le gouvernement encourage.

Si les Etats-Unis détiennent le record du monde de consommation du vin en volume, c’est la France qui remporte la médaille d’or de la consommation par habitant, avec 53 litres de vins « dégustés » par an et par personne en âge de consommer. Soit un litre par semaine. On aurait de quoi en être fier si ce chiffre n’était pas en baisse constante depuis plusieurs années : on buvait en effet 100 litres de vin par an et par personne il y a vingt ans ! Alors que la tendance mondiale est la hausse, la France est le seul pays à voir ses chiffres s’effriter inexorablement.

Les chiffres de la consommation de vin

Les chiffres de la consommation de vin en France, Allemagne, US et en Chine

Que s’est-il passé ? L’image vieillissante du vin en France n’y est pas pour rien: étiquetage illisible, classements opaques, packaging démodé, manque d’innovation… Si il apparaît indispensable que les vignerons et négociants français se remettent en cause, il paraît juste de pointer du doigt les politiques sanitaires de ces vingt dernières années. Le vote de la loi Evin en 1991 n’a marqué que le début d’une politique qui vise à criminaliser la consommation de vin. Notre boisson nationale est ainsi considérée comme aussi dangereuse que le passoa ou le get 27, ces boissons sucrées destinées à faciliter les cuites de notre jeunesse.  A aucun moment, le talent de nos vignerons, la finesse de leur produit n’ont été pris en compte. Je vous invite à jeter un oeil à ce qui nous attend sur ce site qui a décidé de réagir : http://www.cequivavraimentsaoulerlesfrancais.fr/

A l’opposé, le gouvernement chinois a lancé une campagne de communication pour encourager la consommation de vin, jugée plus saine que celle d’alcool de riz. Cette politique contribue à la croissance annoncée de la consommation de vin en Chine : +40% d’ici à 2016 ! (à comparer aux -3% attendus en France).

Si les usages diffèrent, l’essentiel reste universel

Quelque soit la façon dont il est apprécié localement, le vin reste un produit qui fédère et sa consommation évolue partout dans le monde vers un mode « consommer moins mais consommer mieux ». Et on ne peut que s’en réjouir !

Classé dans: Culture générale

A propos de François Potevin

François Potevin

Francois est d’origine cognacaise et d’influence bordelaise. Elevé dans les vignes et les odeurs de distillation, il est tombé dans la marmitte de merlot à l’adolescence.

Un commentaire

Lev Davidovitch

Et dire que j’aurai déjà atteint mon quota hebdo ce soir. C’est qu’il est bien vrai que la consommation de vin favorise l’alcoolisme, d’où la réaction des pouvoirs publics.
Bon après je ne sais pas trop d’où sortent les infos du site mentionné, il ne cite aucune source concernant les « mesures envisagées contre le vin et la création d’une instance interministérielle dédiée au vin ». Il est donc dommage de relayer son existence dans ce cas. Qu’il y ait des discussions dans certains ministères, peut-être, mais il n’y a encore rien de concret.
Enfin tout ça pour dire que mettre de l’eau dans son vin c’est une attitude conciliante et peu autoritaire, pas vraiment l’idée qu’on se fait d’un allemand…

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