5 choses à savoir sur les vins d’Afrique du Sud

Aux confluences des océans atlantique et indien, situé entre ciel et mer, le vignoble sud-africain est aussi un carrefour entre la tradition viticole de la vieille Europe et l’innovation des vins du nouveau monde.

Historiquement producteur de vins blancs bons marchés, c’est avec les vins rouges et son fameux Pinotage que l’Afrique du Sud se fait une place dans l’exportation des vins haut de gamme.

On le voit, la viticulture sud-africaine est portée par de nombreuses dynamiques.  A tel point qu’on se demande jusqu’où elles vont l’emmener ! Que faut-il savoir sur ce vignoble d’avenir ?

Les dates clefs de l’histoire du vignoble sud-africain

Comme nous l’avons vus dans nos articles consacrés aux vins californiens et néo-zélandais, l’histoire des vins du nouveau monde est étroitement liée à celle de la colonisation. En arrivant de gré ou de force, les colons européens apportent avec eux leur nostalgie du vin du pays et leur savoir faire viticole. L’Afrique du Sud n’échappe pas à la règle !

  • 1659 : les colons néerlandais n’ont pas perdu leur temps. 5 ans après leur débarquement au cap de Bonne-Espérance, ils vendangent leur première récolte. La vinification de ce qui fut probablement du muscat est encourageante !
  • 1688 : l’arrivée de 200 huguenots français accélère le développement du vignoble sud-africain. Chassés par les guerres de religions, ces huguenots qui viennent de du Languedoc et de la Charente. Ils importent les techniques de vinification européennes, et professionnalisent le vignoble.
  • 1806 : Napoléon décrète un blocus contre l’Angleterre. Or à ce moment-là, celle-ci occupe la colonie du Cap et va substituer les vins continentaux par des vins de la colonie sud-africaine. Cet avantage est de courte durée. Après la chute de Napoléon, le blocus est levé et les vignerons sud-africains vont être exposés à la compétition mondiale. Comme un malheur n’arrive jamais seul, les épidémies de phylloxéra et de mildiou viennent ravager le vignoble. C’est le pépin de trop. De nombreux vignerons ferment boutique au cours du XIXème siècle.
  • 1918 : La création de la KWV (Kooperatieve Wijnbouwers Vereiniging) marque le véritable tournant qualitatif du vignoble. Les vignerons se rassemblent dans cette association qui va progressivement prendre la responsabilité de fixer des quotas, contrôler les prix, puis définir les critères qualitatifs comme la réduction des rendements.
  • 1994 : Durant la période de l’apartheid, le vignoble souffre de son isolement. Privé de débouchés commerciaux par les boycotts, il reste coupé du monde. Dès la fin du régime, les vignerons importent de nouveaux cépages, les surfaces plantées explosent et le Pinotage devient rapidement un symbole de l’ouverture au monde de l’Afrique du Sud.

Aujourd’hui, le vignoble sud-africain, c’est 130.000 hectares de vignes et 10 millions d’hectolitres produits, soit plus que le vignoble de Bordeaux ! En 25 ans, l’Afrique du Sud est devenue le 8ème pays producteur mondial, devant la Chine et l’Allemagne. Elle fait jeu égal avec l’Australie et le Chili.

Et la qualité est également au rendez-vous ! Couronnement suprême, un chenin blanc du district de Stellenbosch a été élu meilleur vin blanc du monde en 2015.

Le climat du vignoble sud-africain

Situé autour de la ville du Cap, au niveau de 30° parallèle sud, le vignoble sud-africain bénéficie d’influences climatiques complexes mais favorables. Son climat se rapproche du climat méditerranéen. Il est en réalité soumis à une double influence :

  • l’influence continentale, plus chaude et sèche sous cette latitude. Les températures montent jusqu’à 40°C en été,
  • l’influence océnanique, plus fraiche et humide. La pluviométrie peut y être très forte.

En fonction de leur distance à l’océan, les vignobles seront exposés à l’une plus qu’à l’autre. Cette double exposition est une richesse, et la plupart des vignobles les plus qualitatifs se situent à moins de 100 km de la mer.

Une autre dimension entre en jeu : l’altitude. La côte sud du pays est en effet montagneuse et permet aux vignerons de planter en altitude, jusqu’à 600 mètres. Ce qui leur permet d’aller chercher de la fraîcheur.
Ces trois dimensions offrent une grande diversité de climats qui permettent de faire des vins très différents, aussi bien en style qu’en qualité !

Le Pinotage : le cépage roi sud-africain

Bien que le pays ait gagné ses galons de pays producteur de grands vins grâce à ses vins rouges, les cépages blanc dominent toujours avec 55% de l’encépagement. Ce paradoxe s’explique par des raisons historiques :

  • Le vignoble sud-africain ne s’étant ouvert aux vignobles européens que récemment, la part des cépages locaux, majoritairement blancs, reste dominante.
  • De nombreux maîtres de chai sud-africains ont fait leurs études d’oenologie en Allemagne, pour des raisons linguistiques. Or la culture du vin blanc est très forte en Allemagne.

Depuis les années 1980 et l’ouverture du vignoble aux marchés du monde, 40% du vignoble a été replanté, principalement avec des cépages européens. Leur part est passée de 4% en 1981 à plus de 40% en 2016, laissant la part belle aux cépages rouges.

Les cépages européens qui aiment le soleil et donnent des vins puissants, fruités et tanniques se sont naturellement imposés. Le Cabernet-Sauvignon remporte un franc succès, suivi par la Syrah (aussi appel Shiraz), et par le fameux Pinotage.

Le Pinotage est LE cépage emblématique de l’Afrique du Sud

Le Pinotage est un cépage créé en 1925 à Stellenbosch par croisement du Pinot Noir (originaire de la Bourgogne) avec le Cinsault (originaire de Provence). Ce dernier fut historiquement appelé Hermitage en Afrique du Sud. D’où le nom Pinotage, diminutif de Pinot et Hermitage.

Il donne des vins puissants, tanniques, à la robe foncée. Il libère des arômes intenses de fruits rouges parfois confits, de fruits secs et de cannelle, voire de réglisse qui s’arrondissent avec le temps. On lui détecte parfois des notes légèrement sucrées. Les vignerons ont mis du temps à comprendre les conditions naturelles et de vinification dont il a besoin pour exprimer son potentiel, ce qui explique son succès tardif. Il est aujourd’hui la fierté des vignerons sud-africains ! Son succès l’a porté à s’exporter dans de nombreux vignobles du nouveau monde où il est cultivé de manière minoritaire.

Côté blanc, le chenin blanc, un cépage originaire du pays de la Loire est de loin le plus planté avec 25% des cépages blancs, suivi par le Colombard, le Chardonnay et le Sauvignon (10% chacuns).

Entre standardisation et terroirs

Il existe un point commun à tous les vins du nouveau monde : la prédominance du cépage sur le terroir.
Tous ces vignobles ont connu un développement rapide depuis les années 1980 grâce à l’emploi de techniques de plus en plus poussées : la mécanisation, la maîtrise des températures de fermentation, l’utilisation de levures sélectionnées, l’acidification et même… l’irrigation ! Cette tendance leur a permis de produire des vins de qualité constante, faciles à vendre mais standardisés. Le revers de la médaille est la disparition de l’originalité propre au terroir du vignoble.

Les vignobles européens, quant à eux, cherchent à obtenir des vins complexes, révélant toute l’unicité du terroir, en mettant en avant leurs traditions et leur savoir faire, en contrôlant les rendements et en multipliant les assemblages complexes.

Dans le nouveau monde, l’effort est donc mis sur l’identification d’une marque : celle du cépage, connue du consommateur. Or l’Afrique du Sud échappe à cette tendance. Du moins partiellement. Certes de nombreux vignerons cherchent la facilité en produisant des “easy drinking wines” : des vins faciles à boire, au bon rapport qualité-prix.

Mais d’autres vignerons, de plus en plus nombreux, ont décidé de positionner leurs vins sur le haut de gamme mondial en recherchant l’excellence. Pour cela, ils ont lancé un programme ambitieux : le “Projet Winetech Vision 2020”. En organisant l’accumulation du savoir-faire et en cherchant à développer une approche qualitative, il affirme une ambition claire : inviter le vignoble sud-africain dans la cour des grands.

Le système de classification “Wine of Origin” renforce cette volonté de mettre en avant les terroirs les plus généreux. Pour avoir le droit d’afficher cette appellation sur leur étiquette, les vignerons doivent s’assurer que le raisin utilisé provient bien de la région. Il faut également que 75% des cépages et millésimes assemblés soient ceux affichés sur l’étiquette. Ils doivent par ailleurs se soumettre à un contrôle qualitatif qui assure la crédibilité de l’appellation. L’Afrique du Sud est le seul pays du nouveau monde à aller aussi loin dans le contrôle qualitatif de ses appellations et la mise en valeur de ses terroirs !

Les vignobles que nous vous recommandons

La diversité des micro-climats, la variété de la qualité des terroirs et les approches plus ou moins qualitatives de chaque vigneron imposent de faire attention lors du choix d’une bonne bouteille de vin sud-africain. Pour cela, nous vous recommandons 3 valeurs sûres: les vignobles de Stellenbosch, Paarl et Franschoek.

Carte du vignoble sud africain. @winefolly.com

Stellenbosch, la plus célèbre

Stellenbosch est le centre névralgique de la viticulture sud-africaine. L’université oenologique, le centre de dégustation de Wines of Origin et… 15.000 hectares de vignes (l’équivalent de la moitié du vignoble Bourguignon). A l’image de l’Afrique du Sud, ses climats sont variés, ce qui permet à Stellenbosch de briller aussi bien par ses Rieslings botrytisés (vins blancs moelleux), ses vins mutés (du style Porto) et ses Pinotages ronds et concentrés. A noter la progression de la progression de Syrah, de mieux en mieux vinifiés, en fûts de chêne.

Vous l’avez compris, Stellenbosch est la région de prédilection des vignerons qui ont fait le choix de l’excellence.

Paarl, la perle

Historiquement planté en Chenin Blanc et en Colombard, le district de Paarl vinifiait ses moûts en vins mutés du type Xérès. Lorsque la demande en vin muté s’est tassée, Paarl a replanté et produit aujourd’hui d’excellents vins blancs. Le Chardonnay, Sauvignon, et bien sûr de Chenin Blanc sont ses cépages de prédilection !

Situé un peu plus en retrait que Stellenbosch, Paarl est davantage soumis aux influences continentales qu’océaniques. Il faut donc gagner un peu d’altitude pour y trouver de bons vins rouges. Ce sont surtout les cépages bordelais : merlot, cabernet sauvignon et cabernet franc qui, assemblés, ont fait la réputation de Paarl.

Comme à Stellenbosch, le Pinotage et la Syrah, qui apprécient ces températures chaudes, s’y développent rapidement et de manière très prometteuses !

Franschhoek, la française

Littéralement, “le coin français”, Franschhoek est le petit lopin de terre situé entre Stellenbosch et Paarl qui accueillit les 200 huguenots français fuyant la révocation de l’édit de Nantes en 1688. Leurs descendants y produisent toujours du vin, dans des domaines aux noms évocateurs “La Motte”, “Cabrières”, …

Ses atouts et ses vins sont très proches de ceux de Paarl, auxquels il faut tout de même ajouter deux points d’intérêts supplémentaires :

  • le Cap classique: un vin mousseux vinifié selon la méthode champenoise
  • la Gastronomie: de nombreux restaurants reconnus pour leur qualité accompagnent l’offre de vin, pour le plus grand plaisir des oeno-touristes !

Vous avez dit “le coin français” ? 🙂

Notre recommandation de vin sud-africain

Stellenbosch est le berceau du Pinotage. Ici le Pinotage Kanonkop 2014. 34,59€

Robe: foncée

Nez: complexe, il libère des notes de fruits rouges et d’épices

Arômes: ronds et tanniques de fruits secs, notes de réglisse

Accord Met-Vin: Pièce de boeuf

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