Connaissez-vous le vignoble chilien ?

Saviez-vous que le Chili con carne n’avait rien à voir avec le Chili ? Ce plat à base de haricot rouge et de piment est en réalité originaire du Texas. Reste donc à la gastronomie chilienne de nombreux plats à base de maïs, pomme de terre, avocat, poissons, fruits de mer et de viande. Cette dernière n’a d’ailleurs rien à envier à la réputation de son voisin argentin.

En revanche, ne cherchez pas l’accord met-vin qui convient aux plats chiliens : les chiliens n’en boivent pas !  Si le pays se classe 6ème producteur mondial de vin, il n’est que le 28ème consommateur en volume par habitant.

C’est ce décalage entre l’offre et la demande locale qui explique une stratégie résolument tournée vers l’export. Anecdotique ? Non. Pour trouver des débouchés commerciaux pour ses vins, les vignerons chiliens ont investi dans la modernisation de leur appareil productif. Ils ont également mis en place des réglementations contraignantes et développé leur savoir-faire en faisant appel aux meilleurs oenologues mondiaux. Le résultat ? Un essor qualitatif qui a porté le Chili à hauteur des plus grands pays viticoles.

La production de vin chilien ne cesse d'augementer depuis les années 2000.

Un peu d’histoire

L’histoire du vin californien remonte à la colonisation espagnole. Les premières vignes des conquistadors sont d’abord plantées au Mexique et s’étendent rapidement vers le sud. Elles gagnent le Chili en 1555. Après l’indépendance en 1810, les vignerons renouvellent leur vignoble en plantant des cépages principalement français. A la fin du XIXème siècle, de nombreux vignerons français fuient leur vignoble, ravagé par le phylloxéra. Nombre d’entre eux débarquent au Chili et y insufflent un nouveau souffle qualitatif. On parle d’ailleurs de « modèle bordelais » au Chili.

Le vignoble chilien se fait alors une place dans la cour des grands. Dès 1883, il remporte ses premières médailles à l’exposition de Bordeaux. Sa renommée n’est donc pas nouvelle !

Aujourd’hui, le Chili oscille entre la 6ème et la 10ème place dans le classement des plus gros pays producteurs de vin et sa réputation n’est plus à faire. La revue Decanter, considérée à l’international comme la bible du vin, classe d’ailleurs 5 vins chiliens dans son Top 50 !

Un peu de géographie

Le Chili est un pays qui s’étale de toute sa longeur sur une bande nord-sud de plus de 4500 km. Son vignoble, quant à lui, s’inscrit au centre de cette bande, dans un rectangle de 1000 km de long et de 150 km de large, piégé par l’océan pacifique à l’ouest et la cordière des Andes à l’est.

Cette situation géographique est particulièrement propice à la maturation de grands vins. Le courant de Humbold est un courant d’air froid venant de l’océan atlantique, que la cordillère des Andes laisse filtrer ici ou là selon la hauteur de ses sommets. Il équilibre des températures qui seraient trop élevées à ces latitudes pour la maturation de vins de qualité.

Cet équilibre instable explique des températures qui oscillent entre 12°C la nuit et peuvent monter jusqu’à 32°C le jour. Ces écarts de températures sont particulièrement favorables au bon développement de l’acidité et de la tanicité des vins. C’est la conjonction unique de ces éléments géographiques et climatiques qui fait la spécificité des vins chiliens.

Enfin ces latitudes et la protection naturelle exercée par les Andes expliquent un taux de précipitations extrêmement faible. Il ne pleut pas du mois d’octobre au mois de mai, rendant obligatoire le recours à l’irrigation. Près de 80% du vignoble chilien est ainsi irrigué ! A noter que de plus en plus de vignerons cherchent à sortir de l’irrigation. Il s’agit pour la vigne d’aller puiser plus en profondeur les resources dont elle a besoin en développant ses racines. Le résultat ? Des vins uniques qui reflettent au mieux la spécificité de leur terroir.

Un peu d’oenologie

Tout au long de la période coloniale, le païs fut le seul cépage planté au Chili, probablement importé d’Espagne par les conquistadors. C’est un cépage rouge, proche de la grenache, qui est encore vinifié aujourd’hui.

Suite à l’indépendance, les cépages français sont importés en masse. Les cépages rouges, qui représentent 70% de l’encépagement, ont fait la part belle au cabernet sauvignon, cépage majoritaire, au merlot, au malbec et à la syrah. C’est également à cette époque que le carmenere, cépage originaire de Bordeaux mais quasiment disparu de France depuis, fait son arrivée au Chili. Proche du merlot, il a trouvé au Chili un terroir idéal. A tel point qu’il est aujourd’hui devenu le cépage emblématique du vignoble chilien !

Du côté des blancs, le sauvignon blanc et le chardonnay gagnent des parts de marchés et ne laissent que peu de place au muscat et au gerwürtzraminer.

Malgré une tradition viticole aussi ancienne et une situation géographique aussi unique et favorable, le Chili reste un vignoble du nouveau monde. En témoigne sa culture des « vins de cépages », qui reste ce qui différencie le plus le nouveau monde de l’ancien, qui lui préfère les vins de terroirs. Le Chili est alors la preuve vivante que les vignobles du nouveau monde peuvent produire des vins de garde d’une grande élégance, aux arômes fruités nets et raffinés.

Le vignoble chilien de la vallée de l’Elqui.

Dans la vallée de l’Elqui, les vignerons produisent une eau-de-vie, le pisco, devenue la boisson nationale chilienne. Après vinification de différents cépages blancs, principalement du muscat, le vin est distillé une, deux, voire trois fois. Cette distillation produit un alcool titrant 60° qui est ensuite coupé à l’eau déminéralisée pour être ramené à 40°. Le pisco n’est finalement ni plus ni moins que le Cognac chilien !

 

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