Les promesses du vignoble chinois du Ningxia

C’est bien connu, les consommateurs chinois apprécient les vins bordelais. La marque « Bordeaux » renvoie une image de luxe qui confère aux chinois qui en ont les moyens un statut social enviable. Ces prestigieux vins bordelais, les chinois ne se contentent plus de les importer gentiment, ni de les copier négligemment. Depuis 3 décennies, l’idée fait son chemin d’investir dans un vignoble chinois capable de rivaliser avec les plus grands !

La Chine est grande. Et le pays peut se prévaloir de nombreux climats et terroirs favorables à la production de grands vins. La région du Ningxia fait partie de ces terroirs « élus ». C’est sur cette région que le gouvernement central a jeté son dévolu : le vignoble vedette de la république populaire de Chine sera planté dans le Ningxia, en bordure du désert de Gobi.

Mais on ne s’improvise pas vigneron du jour au lendemain. Et la route pour devenir un grand vignoble international est longue et semée d’embuches !

Une volonté politique forte

La force de la région du Ningxia est la volonté politique du gouvernement local d’investir dans son vignoble. Il est soutenu en cela par le gouvernement central de Pékin. Et en Chine, lorsque les planètes administratives sont alignées, il est difficile de les arrêter !

Dès les années 1980, le gouvernement du Ningxia a fait du développement viti & vinicole un axe stratégique de son plan de développement économique. Il a investi dans des centaines d’hectares de terres jugées hostiles pour les rendre exploitables. Il a ainsi amorcé la pompe et a rapidement réussi à créer une dynamique d’investissements privés dans la viticulture locale.

En 1982, les industriels de la viticulture chinoise plantent les premières vignes destinées à la production de vin : Great Wall, Changyu. Ces industriels ont rapidement été suivis par les professionnels français du vin : Pernod-Ricard et LVMH se joignent à la fête ! Puis c’est un emballage : Dynasty, un autre grand groupe viticole chinois, puis les compagnies pétrolières China Petroleum et Chemical Corporation se mettent à planter à leur tour. 

Alors que la région n’était qu’un vaste désert en 1980, le vignoble s’étend sur 2500 hectares en 2004, puis 40 000 hectares en 2014. Soit plus que la surface du vignoble Bourguignon, qui a mis des siècles à se construire !

Un vignoble aux conditions extrêmes

C’est en bordure du désert de Maowusu, dans le prolongement du désert de Gobi, que les premières vignes du Ningxia ont été plantées. Située à 900 km à l’ouest de Pékin et au sud de la Mongolie, la province du Ningxia est l’une des plus petites de Chine, connue pour sa minorité musulmane, les Huis. Le climat y est particulièrement aride.

Le vignoble s’étant sur une bande de 150 km de long, entre le fleuve jaune et la montagne Helan. Un emplacement stratégique :

  • La région semi-désertique impose un recours massif à l’irrigation, que le fleuve jaune est capable d’assurer.
  • Les hauteurs de la montagne Helan offrent un terroir et une exposition particulièrement favorables à la viticulture. C’est la région la plus propice à la production de vin de qualité. La sous-région « Helan Mountain » est d’ailleurs, depuis 2003, la première région de Chine à bénéficier d’une appellation officielle !

Culminant à 1200 mètres d’altitude, l’écart des températures y est extrême : de -27°C en hiver à +35°C au plus fort de l’été. Ces écarts de températures sont un atout autant qu’un challenge pour la viticulture :

  • D’une part elles permettent au raisin de conserver une acidité qui lui fait défaut dans cette région tout en développant sa sucrosité.
  • De l’autre, aucune vigne ne peut survivre à des températures aussi froides l’hiver. Ce qui impose aux vignerons locaux d’enterrer leur vigne du mois d’octobre au mois d’avril sous 30 centimètres de terre pour les protéger du froid ! Ce procédé, long et couteux, n’est pas nouveau. Il a été utilisé depuis plusieurs siècles dans la région pour la production de raisin de table. Il mobilise des centaines de personnes durant plusieurs semaines.
Les vignes enterrées du Château Changyu Moser XV dans le Ningxia

L’irrigation et la nécessité d’enterrer les vignes l’hiver renchérissent significativement le prix final de la bouteille !

Du cabernet au marselan

Les premiers cépages plantés dans la région du Ningxia furent tout naturellement les cépages bordelais : le cabernet sauvignon (qui représente 70% de l’encépagement rouge) et le merlot (15%). C’était la mode des vins à la bordelaise : il fallait imiter pour briller !

Avec le temps, les vignerons chinois se sont rendu compte qu’ils avaient le droit – et le pouvoir – de développer leur propre style.

Ils se sont mis à planter de nouveaux cépages rouges comme la syrah. Mais aussi le cabernet gernischt, un parent du cabernet franc et du carmenere qui semble être l’un des rares cépages autochtones ! Enfin le Marselan, un croisement entre le cabernet et la grenache est en passe de devenir le cépage signature du vignoble chinois, et de la région de Ningxia en particulier.

Plus surprenant, les vignerons ont réalisé que le terroir et le climat local étaient particulièrement propices à la vinification de vins blancs intéressants. Ce n’est pourtant pas dans la culture chinoise que de boire du vin blanc, considéré comme un vin de femme ! Mais les habitudes évoluent et les cépages chardonnay (70% de l’encépagement blanc) et riesling donnent désormais des résultats très prometteurs !

Un vignoble qui pointe les limites du modèle chinois

2011 fut une grande année pour les vins du Ningxia. En septembre, le magazine Decanter accorde un trophée mettant en valeur les cépages bordelais au vin Jiabeilan du domaine Helan Qingxue. Durant ce même concours, des cuvées de Riesling et de Chardonnay sont également récompensées.

En décembre, à l’occasion d’un concours organisé à Pékin intitulé « Bordeaux contre Ningxia », des experts français et chinois accordent une victoire écrasante… aux vins du Ningxia !

C’est le début de la notoriété pour la région : les surfaces plantées de vignes explosent, le nombre de domaines augmente, les investissements ne retombent pas.

2011 marque donc l’apogée des vins du Ningxia, car depuis, le vignoble patine. La qualité qui avait tant impressionnée ne progresse plus guère. Ce plafond de verre s’explique par deux raisons principale :

  • La jeunesse du vignoble : on ne construit pas un vignoble en trente ans. Le savoir-faire des vignerons est un long processus d’apprentissage, de transmission, d’appréhension des subtilités du terroir. A l’échelle des grands vignobles du monde, le Ningxia reste un adolescent.
  • La jeunesse de la vigne. Les racines d’une vigne nouvellement plantée sont courtes et ne peuvent aller puiser des minéraux en profondeur. Or c’est en profondeur que la vigne va chercher les arômes complexes que l’on retrouve dans le vin. Dans le vignoble du Ningxia, les vignes meurent jeunes.

La raison est inquiétante car elle met le doigt sur un problème systémique. Les vignerons du Ningxia ne sont pas propriétaires de leurs vignes. Ils les louent au gouvernement chinois, dans le cadre de contrats de leasing de quelques années.

En conséquence, les vignerons ne prennent pas suffisamment soin de leurs vignes. Pourquoi le feraient-ils, si à tout moment le gouvernement peut révoquer leur contrat ? Le résultat est sans appel : les vignes du Ningxia ne dépasseront pas 25 ans d’âge moyen. Ce qui explique que la qualité stagne et n’atteigne pas le plein potentiel d’un terroir pourtant prometteur.

Quel vin du Ningxia faut-il déguster ?

Créé en 2013, le Château Changyu Moser XV est l’un des plus emblématiques de la région. Il est issu d’une Joint-Venture entre Changyu, l’une des grandes entreprises viticoles chinoises et Lenz M.Moser, une grande famille de vignerons autrichiens.

Le château est d’inspiration bordelaise… et le vin aussi ! Le domaine produit plusieurs cuvées de cabernets sauvignons et d’assemblage de cépages bordelais… et de Syrah. On y trouve également un Riesling intéressant !

Nous vous conseillons de déguster le Family Cabernet Sauvignon. Il s’agit du second vin du domaine et il est typique de ce que peut donner un cabernet sauvignon du Ningxia :

  • Des arômes de fruits noirs et de poivre,
  • Des notes de cuire, d’épices et de fumé,
  • Une belle acidité qui structure ce vin de garde.

Ce vin n’est pas très bien noté par les experts : 87/100 pour Decanter, 88/100 pour Wine Enthousiast, 3,1/5 pour Vivino. Mais la communauté manque encore peut-être un peu d’expérience pour apprécier ces vins nouveaux qui nous viennent de Chine. Où alors serait-ce le manque d’expérience des vignerons du Ningxia ?

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